La prévention cardiovasculaire sauve des vies, c’est une certitude.
Mais quel est le gain réel pour la durée de vie globale ?
On vit plus longtemps, mais dans quelles conditions ?
Et plus largement, est-ce que cela en vaut la peine ?
Alors notre fondation Agir pour le Cœur des Femmes ne serait pas là ...
Une Loi toute récente va (enfin) renforcer la prévention cardiovasculaire en France. En effet la Loi Yannick Neuder, dont le décret d’application est paru tout récemment (Loi no 2026-668 du 27 juillet 2026), vise à doter la France d’une stratégie nationale de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires.
Mais il existe encore des détracteurs allant, non sans mauvaise foi, jusqu’à affirmer que la prise de statine était à l’origine de cancers. C’est une interprétation liée au fait que, parce que la statine a évité de faire un infarctus ou un AVC mortel, les personnes peuvent, 15 ans plus tard, développer un cancer. Il est vrai que l’on est probablement plus efficace pour la prévention cardiovasculaire que pour celle des cancers.
Et pourtant, la lutte, insuffisante, par exemple contre le tabagisme, permet de faire « coup double » sur ces deux principaux fléaux de la mortalité.
En 25 ans entre 1980 et 2004 en France, la mortalité par maladie cardiovasculaire chez les moins de 65 ans a été divisé par 2 alors que celle par cancer restait stable.
Les maladies cardiovasculaires étaient largement en tête et c’est en 2004 que le cancer est devenu la première cause de décès dans la population sauf chez les femmes où ce sont les maladies cardiovasculaires qui restent en tête avec les AVC comme cause numéro un.
Les 2 types de pathologies étant à l’origine chacune d’environ 30 % des décès.
Une étude révèle une vérité « dérangeante » sur nos vies plus longues : nous passons plus d’années en mauvaise santé. Selon la dernière analyse du « fardeau mondial de la maladie », la revue The Lancet, souligne que l’écart mondial entre l’espérance de vie en bonne santé et l’espérance de vie totale a augmenté de 8,8 ans en 1990 à 10,7 en en 2023. Cela signifie qu’une personne passe désormais plus d’une décennie de sa vie avec un handicap ou une maladie chronique. Cette tendance a été observée dans tous les pays étudiés, les États-Unis et l’Australie affichaient les écarts les plus importants.
Les troubles musculosquelettiques (en particulier les douleurs lombaires) les troubles de la santé mentaux (dépression et anxiété) et la perte auditive sont les principaux éléments observés à l’échelle mondiale et alimentés par des facteurs de risque comme une glycémie élevée, la consommation de tabac et l’obésité.
L’étude :
Cinq facteurs de risque sont responsables d'environ 50 % des maladies cardiovasculaires : l’hypertension artérielle, l’hyperlipidémie, le diabète, le tabagisme, le surpoids et l’’obésité.
Toutefois, la présence ou l'absence des facteurs de risque classiques sur l’estimation du risque sur toute une vie de maladie cardiovasculaire et de décès toutes causes confondues reste mal connue.
Pour répondre à la question, une très vaste étude épidémiologique a été réalisée. il a été analysé des données provenant de 2 078 948 participants issus de 133 cohortes, 39 pays et 6 continents. The Global Cardiovascular Risk Consortium Global Effect of Cardiovascular Risk Factors on Lifetime Estimate. N Engl J Med 2025;393(2):125-138.
Le risque de maladie cardiovasculaire et de décès toutes causes confondues a été estimé jusqu'à l'âge de 90 ans en fonction de la présence ou de l'absence de cinq facteurs de risque cardio-vasculaires à l'âge de 50 ans : l’hypertension artérielle, l’hyperlipidémie, le diabète, le tabagisme, le surpoids ou l’obésité.
Les différences d'espérance de vie (en termes d'années de vie supplémentaires sans maladie cardiovasculaire ni décès) selon la présence ou l'absence de ces facteurs de risque ont également été estimées. Les modifications des facteurs de risque ont été analysées pour prédire les différences à vie en fonction de l'évolution de ces facteurs.
Résultats :
Le risque à vie de maladie cardiovasculaire était de 24 % chez les femmes et de 38 % chez les hommes présentant les cinq facteurs de risque.
En comparant les participants ne présentant aucun facteur de risque à ceux présentant les cinq facteurs, le nombre estimé d'années de vie supplémentaires sans maladie cardiovasculaire était de 13,3 ans pour les femmes et de 10,6 ans pour les hommes ; le nombre estimé d'années de vie supplémentaires sans décès était de 14,5 ans pour les femmes et de 11,8 ans pour les hommes. Par rapport à une situation où les cinq facteurs de risque persistent sans changement, la modification de l’hypertension artérielle entre 55 et moins de 60 ans était associée au plus grand nombre d'années de vie supplémentaires sans maladie cardiovasculaire, tandis que la modification du statut tabagique entre 55 et moins de 60 ans était associée au plus grand nombre d'années de vie supplémentaires sans décès.
Et de conclure que l'absence de cinq facteurs de risque classiques à l'âge de 50 ans était associée à une espérance de vie supérieure de plus de dix ans par rapport à la présence de ces cinq facteurs, chez les hommes comme chez les femmes. Les personnes ayant agi sur l'hypertension artérielle et le tabagisme à l'âge mûr ont respectivement gagné le plus grand nombre d'années de vie sans maladie cardiovasculaire et sans décès, quelle qu'en soit la cause.
On est donc conforté sur le bien-fondé de la prévention.
Et avant de penser aux quasi indispensables médicaments, l’hygiène de vie, joue un rôle essentiel. Cela a bien été mis en évidence avec le suivi des infirmières américaines en observant leur devenir en fonction de 5 mesures dites de prévention « primordiale » :
- alcool 1 verre / jour
- pas de tabac
- alimentation équilibrée
- activité physique 2,5 H / semaine
- temps devant les écrans < 7 H / jour
Pour une fois, on a comptabilisé les facteurs protecteurs.
Si ces 5 facteurs sont présents le risque est minimal et très faible, si aucun des 5 n’est retrouvé il est de presque 20 % pour la survenue d’une maladie cardiovasculaire.
Là encore, il y a un effet de cumul dans le sens favorable : le risque diminue en fonction du nombre de facteurs présents.
En conclusion
En quantifiant précisément l’effet des facteurs de risque cardiovasculaire, une étude internationale montre qu’agir sur l’hypertension, le tabagisme, le diabète et le poids permet de gagner jusqu’à 14 ans d’espérance de vie. Une démonstration du pouvoir de la prévention.
Référence
The Global Cardiovascular Risk Consortium Global Effect of Cardiovascular Risk Factors on Lifetime Estimate. N Engl J Med 2025;393(2):125-138.
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