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Diminuer sa pression artérielle : réduire le sel alimentaire ou le remplacer par un sel de régime ?

Le Dr Jean-François Renucci médecin vasculaire et de prévention, ambassadeur d’Agir pour le Cœur des Femmes souligne le rôle majeur de la consommation sodée sur le contrôle de la pression artérielle en analysant pour vous cette récente étude chinoise parue dans la revue américaine Nature Medicine.

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Selon une étude chinoise (DECIDE-Salt) réalisée durant 2 ans chez des sujets âgés vivants en institution, le remplacement du sel alimentaire (chlorure de sodium) par un substitut (chlorure de potassium) est plus efficace pour réduire la pression artérielle, notamment systolique, et pour prévenir la survenue d’événements cardio-vasculaires que la réduction de l’apport en sel alimentaire. Néanmoins il faudra tenir compte chez les patients âgés et souvent polymédicamentés, des risques possibles de substitution par ces « faux sels ou sels de régime » vendus en vente libre en pharmacie à base de chlorure de potassium, en l’absence de prise de sang récente (ionogramme sanguin, créatinine plasmatique). L’utilisation des « faux sels » si elle est efficace sur le contrôle de la pression artérielle doit donc être encadrée par le pharmacien et le médecin traitant.
L’objectif de l’étude DECIDE-Salt

La réduction de la consommation de sodium et le remplacement du sel (ou substitution) ont été décrites comme des méthodes non médicamenteuses intéressantes pour réduire la pression artérielle. Mais les données concernant cette deuxième possibilité sont rares chez les personnes âgées. Par ailleurs, le risque d'excès de potassium (hyperkaliémie) qui lui est associé est mal établi. Il était donc intéressant de réaliser une étude visant à comparer l'efficacité et la sécurité des deux stratégies chez des adultes âgés vivant en résidence spécialisée.

La méthodologie


L’étude DECIDE-Salt a été réalisée durant deux ans dans 48 établissements chinois, répartis au hasard entre 4 modalités : maintien du sel de table habituel ou remplacement, avec ou sans réduction progressive des quantités de sel ou de substitut ??.
Les résidents des 2 groupes « remplacement » ont reçu un substitut de sel (62,5 % de chlorure de sodium, 25 % de chlorure de potassium, 12,5% d'arômes) et ceux des groupes « témoin » ont consommé du sel habituel (100 % de chlorure de sodium). Les cuisiniers ne devaient pas utiliser d’autres sources de sel durant les deux années de l’étude. Pour la réduction progressive de la consommation de sel ou du substitut, l'objectif était de parvenir en fin d’étude à une réduction de 40 % de la consommation initiale, à raison de 5 à 10 % tous les 3 mois. Les résidents ayant un excès de potassium dans le sang (hyperkaliémie) ont été exclus de l’étude. Un suivi à 6, 12, 18 et 24 mois a été réalisé.




Les résultats de l’étude

Cette étude a inclus 1612 participants (âge moyen : 71 ans ; 76,3 % d’hommes) ; parmi eux, 62,1 % étaient hypertendus, 29,1 % avaient fait un accident vasculaire cérébral ou avaient une maladie coronarienne et 19,4 % des problèmes de santé non vasculaires. Les valeurs moyennes des Pression Artérielle Systolique (PAS) et Diastolique (PAD) étaient à l’inclusion dans l’étude de 137,5 et 80,5 mm Hg.
Dans les établissements ayant réalisé la substitution du sel (chlorure de sodium), la PAS moyenne était plus basse que pour ceux qui avaient poursuivi la consommation du sel de table : - 7,1 mm Hg (de - 3,8 à - 10,5 mm Hg). Les effets étaient en moyenne plus importants chez les femmes que chez les hommes. Dans les établissements ayant réduit progressivement la consommation de sel, aucune différence significative n’a été observée (malgré une tendance à 2 ans). De même, la substitution du sel par du chlorure de potassium (« faux sel ou sel de régime ») a entrainé une réduction de la PAD de - 1,9 mm Hg (- 0,2 à - 3,6 mm Hg) et une diminution de 40 % des événements cardio-vasculaires mais sans effet sur la mortalité.
Le substitut de sel a entrainé à une augmentation du taux de potassium dans le sang et une diminution du taux de sodium. Ainsi, une hyperkaliémie a été relevée chez 7 % des patients avec substitution, contre 2,4 % parmi les autres (soit 3 fois plus) mais sans conséquence clinique graves.

Pour la pratique….
Ces résultats sont intéressants à prendre en considération. Ils se basent sur des données bien connues que sont les variations des apports en sodium et en potassium dont le rôle est établi dans le contrôle de la pression artérielle. Il est acté l’importance de la réduction des apports en sodium et certains encouragent aussi des apports plus importants en potassium par l’alimentation.
Dans cette étude, l’apport de potassium par l’alimentation se montre plus efficace pour réduire la pression artérielle que la réduction progressive du sel. Mais un point de vigilance doit être souligné sur l’utilisation de ces sels de substitution « faux sels ou sels de régime » vendus en vente libre en pharmacie, quand on connait la fréquence de l’insuffisance rénale, source d’hyperkaliémie, chez les sujets âgés a fortiori hypertendus. De surcroit, ces substituts qui sont du chlorure de potassium (au lieu du chlorure de sodium) et que l’on trouve en pharmacie souvent sous le nom de « sel de régime » n’ont pas bon goût, et en l’absence de prise en charge par la sécurité sociale, s’avèrent assez couteux. Ces résultats, s’ils apportent une démonstration de l’intérêt des apports en potassium, doivent être appliqués avec prudence chez le sujet âgé hypertendu ayant souvent une ordonnance complexe avec des médicaments pouvant interférer sur le métabolisme du potassium.
Au total, réduire et remplacer le sel alimentaire à base de chlorure de sodium, oui surement ! mais plutôt par des épices pour donner plus de saveurs aux aliments !
Référence :

Yuan Y, et al. Salt substitution and salt-supply restriction for lowering blood pressure in elderly care facilities: a cluster-randomized trial. Nat Med. 2023 Apr 13.

 
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