Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, les maladies cardiovasculaires (MCV) restent la première cause de mortalité dans le monde.
Elles sont responsables et c’est méconnu de plus de décès chez les femmes que le cancer du sein, le cancer du poumon et les maladies pulmonaires chroniques réunies.
Pour la France, chez ACF on met volontiers en avant les 33 décès quotidiens par cancer du sein par rapport aux 200 décès par MCV chaque jour.
La plupart des décès cardiovasculaires chez les femmes sont dus à un Accident Vasculaire Cérébral (AVC) devant les infarctus du myocarde et l’insuffisance cardiaque.
Les taux de mortalité dus à ces infarctus chez les jeunes femmes, âgées de 35 à 54 ans, augmentent par rapport à la diminution observée chez les hommes.
De nombreuses femmes, qui ne se préoccupent pas assez de leur santé, ainsi que les médecins mal informés, ne considèrent pas les MCV comme une cause importante de morbidité et de mortalité chez les femmes, ce qui contribue à des retards de diagnostic et de prise en charge.
Pourtant on a souligné la nécessité de réduire le fardeau mondial des MCV chez les femmes d'ici 2030, insistant sur les lacunes importantes en matière de prévention, de traitement, de recherche et d'accès aux soins pour les femmes.
Les facteurs de risque (FDR) traditionnels contribuent au risque de développer des MCV chez les femmes. Cependant, la prise en compte de ces éléments certes très importants ne permet pas une estimation pertinente des risques à court et à long termes, ni du risque à vie pour les femmes. En général, les femmes présentent un risque moyen ou élevé de MCV en sachant que près d'une femme sur deux développera une MCV au cours de sa vie, ce qui renforce la nécessité d'une évaluation des risques spécifique au sexe.
C’est ce qu’aborde ce très intéressant article publié dans la revue de la Société Européenne de Cardiologie (ESC) en distinguant et c’est tout son mérite les facteurs classiques et les spécificités féminines qui vont accroitre le risque de MCV.
Les facteurs de risque classiques :
Ils sont communs aux 2 sexes mais il existe des différences notables, toutes en défaveur des femmes :
- L’hypertension artérielle :
augmente davantage le risque d’AVC que chez les hommes
est favorisée par l’utilisation des contraceptifs avec estrogènes
la pression systolique (maximale) est plus élevée pour un âge égal.
- Les dyslipidémies :
les niveaux de cholestérol sont plus élevés que chez les hommes
les femmes tolèrent moins bien le traitement par les statines
la Lipoprotéine (a) s’élève à la ménopause.
- Le diabète :
est à l’origine d’‘un niveau de risque plus élevé aussi bien dans le type 1 que le type 2
- L’obésité :
sa fréquence est plus importante chez les femmes
la répartition abdominale de la graisse est davantage délétère
- La migraine :
est une pathologie typiquement féminine
est associée à des troubles de la motricité vasculaire et de la coagulation.
- L’inflammation :
est plus fréquente chez les femmes
qui ont plus souvent des pathologies auto-immunes qui majorent le RCV.
Les facteurs de risque spécifiques aux femmes :
Ils sont propres aux femmes est contribuent également au RCV et donc des MCV
- La ménopause
C’est ce à quoi on pense en premier
Elle est associée à une augmentation de tous les FDR
Le risque d’infarctus est majoré de 70 % pour une ménopause précoce :
avant 40 ans
- Le syndrome des ovaires polykystiques
augmente de 41 % le risque d’AVC ; pas d’impact sur les infarctus
- L’endométriose et même les fibromes
augmentent respectivement de 23 % et 32 % le risque de MCV par le biais de l’hypertension artérielle et de la dyslipidémie hypertension artérielle.
- Enfin l’infertilité est associée à une majoration de 13 % du risque pour les artères coronaires, risque d’ailleurs plus élevé lors du cycle menstruel avec 90 % des infarctus survenant lors de cette période.
La grossesse :>
Représente une véritable « épreuve d’effort » pour l’organisme et a ses complications spécifiques cardio-métaboliques :
- Les modifications de la pression artérielle
Avec un risque de 2 à 8 % de MCV en cas d’anomalies essentiellement s’il y a une prééclampsie
- Les modifications de la glycémie
C’est le classique diabète gestationnel
Qui peut persister après la grossesse, comme l’hypertension d’où la nécessité d’une surveillance accrue peu ou mal assurée.
Il existe et c’est moins connu des anomalies de l’inflammation et des lipides
- L’âge plus avancé de la grossesse au-delà de 35 ans, la prématurité et le petit poids à la naissance sont également associés au sur-risque coronarien.
Le style de vie :
On a observé (et ce n’est pas une critique) ces dernières décennies un « rapprochement » du mode de vie des femmes tendant vers celui des hommes, ce qui se fait à leur désavantage.
- Le tabagisme
Inexistant chez les femmes il y a longtemps
Il voit sa fréquence diminuer mais a un impact vasculaire plus important surtout s’il est associé à l’utilisation de contraceptifs contenant des oestrogènes
- L’activité physique
représente un exemple positif avec des bénéfices plus importants chez les femmes
- L’alimentation
Là encore, des bénéfices sont plus importants y compris sur la mortalité de toutes causes mais le modèle alimentaire tend à s’uniformiser avec les hommes
- Le sommeil
Le sommeil « inadapté » : de mauvaise qualité et/ou de moins de 6 heures est plus fréquent que chez les hommes
Les insomnies et apnées du sommeil avec leurs conséquences sur la pression artérielle sont plus fréquentes
Ce sommeil de mauvaise qualité est associé à une augmentation des paramètres de l’inflammation contrairement aux hommes
Les modifications aux différents âges de la vie :
On va distinguer 4 grandes périodes dans la vie d’une femme (que l’on peut réduire à 3 étapes fondamentales : contraception, grossesse ménopause).
- Adolescence
Age des premières règles précoce ou tardif
Début de l’endométriose
Augmentation du poids / sédentarité
Mauvaise alimentation avec explosion de l’obésité
- Période dite « reproductive »
Augmentation de l’obésité
Contraception inadaptée
Grossesse avec les troubles de la pression artérielle, de la glycémie et des lipides
Migraine, notamment accompagnée
Âge supérieur à 35 ans
- L’âge moyen ou la maturité
Poursuite de l’augmentation du poids, particulièrement après les grossesses
Accumulation des FDR classiques
Symptômes de la péri ménopause
Absence de stratégies de prévention
- La post ménopause
Disparition de l’effet protecteur des œstrogènes naturels
Majoration du poids
Apparition d’une hypertension artérielle (50 % des femmes)
Altération des lipides incluant la lipoprotéine (a)
Tendance à l’hyperglycémie voire diabète
Déclin des capacité physiques
Insomnie et dépression
Altération de la qualité de vie
Mauvais contrôle des FDR (ne serait-ce que parce que non détectés)
Les explications proposées :
Puisque ces différences existent, pourquoi ne sont-elles pas prises en compte ?
Les auteurs insistent sur plusieurs éléments expliquant cet état de fait :
L’insuffisance des connaissances sur ce sujet, les différences anatomiques et biologiques entre les hommes et les femmes, les différences dans des pathologies apparemment semblables, les biais de sélection dans les études où les femmes sons sous-représentées, l’insuffisance flagrante et constante des traitements et enfin l’insuffisance du dépistage et la prévention des MCV particulièrement chez les femmes.
En conclusion :
À la lecture de ce qui précède « mieux vaut ne pas être une femme » tant les éléments évoqués sont peu rassurants.
Les MCV restent la principale cause de décès chez les femmes, néanmoins, elles restent largement sous-estimées – tant par les professionnels de santé que par les femmes elles-mêmes qui se soucient plus des autres que de leur propre santé – en tant que menace majeure pour la santé des femmes.
Ce manque de sensibilisation contribue souvent à des diagnostics tardifs et à une prise en charge inadaptée. Bien que des progrès aient été réalisés dans l'amélioration du diagnostic et du traitement des MCV chez les femmes, d'importantes lacunes persistent.
De nouvelles perspectives suggèrent que des stratégies pourraient être mises en œuvre en santé publique avec une approche plus proactive, qui prenne en compte l'ensemble du parcours de santé d'une femme tout au long de sa vie et qui mette l'accent sur l'évaluation précoce des risques. Les phases critiques telles que l'apparition des facteurs de risque au début de l'âge adulte, la grossesse et la ménopause devraient être des points essentiels d'un modèle de soins plus complet ; Le bilan cardio-vasculaire à la ménopause qui vient d’être proposé en est un très bon exemple.
Cet article met en évidence les facteurs de risque établis et spécifiques au sexe qui influencent la santé cardiovasculaire des femmes.
En définitive, outre une plus grande information par tous les canaux de communication possibles et Agir pour le Cœur des Femmes y contribue largement, une évolution de notre système de santé est nécessaire, vers un parcours de vie qui intègre la prévention, la détection précoce et les traitements personnalisés adaptés aux risques cardiovasculaires spécifiques des femmes.
On sait ce que l’on devrait faire. Reste à s’y mettre …
Référence
Appleman Y. et al. Cardiovascular disease in women: traditional and sex-specific risk factors. Eur Heart Journal 2025 : https://doi.org/10.1093/eurheartj/ehaf1001
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