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Des statines à 80 ans ?

Le Dr Jean-François Renucci, médecin vasculaire au CHU de la Timone à Marseille et ambassadeur expert d’Agir pour le Cœur des Femmes, nous éclaire sur la prescription des statines chez le sujet âgé suite aux dernières recommandations européennes parues tout récemment sur la prise en charge des dyslipidémies (anomalies lipidiques).

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La polémique repart, pas une consultation où des patients n’évoquent leur crainte vis à vis des statines et leur réticence à en prendre de peur d’effets secondaires alors que certains… n’en ont jamais pris !

Et il y a une complaisance dans cette attitude où l’on en vient à parler davantage des risques que des bénéfices.

Si la question est tranchée en prévention secondaire : il y a eu un accident cardio-vasculaire, il faut un traitement quel que soit l’âge !

En prévention primaire, les choses sont beaucoup moins claires et certains attendent pour prendre le traitement en critiquant son intérêt puisqu’ils vont bien.

Le problème est encore plus complexe avec les sujets âgés car effectivement, ils (elles, oui celà est plus fréquent chez les femmes…) les effets secondaires existent bien

Que dit la science ?

Est-ce néfaste ? ou les personnes sont-elles trop âgées pour en retirer un bénéfice ?

La réponse est non.

Il existe des preuves issues d’études, peu nombreuses par rapport à la totalité et des registres d’observations qui montrent que les statines réduisent le risque cardio-vasculaire quel que soit l’âge.

C’est “mathématique”, un modèle bien connu indique que chaque diminution de 0,4 g/l du cholestérol LDL va entrainer une réduction de 23 % des accidents cardio-vasculaires.

Il est bien mieux de commencer un traitement tôt mais ce n’est jamais trop tard puisqu’ une statine débutée à 60 ans va réduire les événements de 27 %.

Après 65 ans, le traitement est associé à une réduction de 39 % de toutes les causes de mortalité et de 25 % à plus de 75 ans.

Enfin, pour les plus de 85 ans, où là on pourrait avoir de gros doutes, il y a encore un bénéfice sans augmentation franche des effets secondaires chez ces patients fragiles.

Etre « trop vieux » pour prendre une statine est devenu une « mauvaise » question.

En 2026, les recommandations européennes sur la prise en charge des dyslipidémies marquent un changement de paradigme pour la prise en charge des patients âgés.

Ce qui est proposé :

Les lignes directrices 2026 des sociétés de cardiologie américaines (ACC / AHA) sur la prise en charge de l’hypercholestérolémie, reprises dans un article de synthèse, constituent une avancée significative.

Pour les personnes âgées, le changement le plus important réside dans l'extension des recommandations de prévention primaire jusqu'à l'âge de 79 ans, dépassant ainsi la limite supérieure de 75 ans en vigueur depuis longtemps.

Il s'agit d'une évolution majeure des pratiques, car la quasi-totalité des adultes âgés de 76 à 79 ans remplissent les critères de prescription sur la seule base de leur âge chronologique. À 75 ans, l'espérance de vie restante moyenne est de 12 ans, ce qui offre une période considérable pour la mise en œuvre d'interventions préventives. Les données probantes concernant la prévention primaire chez les personnes âgées s'étendent désormais aux traitements hypolipémiants autres que les statines chez les plus de plus de 75 ans sans maladie cardio-vasculaire.

En prévention secondaire le traitement est indiqué à tout âg
e qui ne doit plus être une limite. On observe la même efficacité et sécurité, avec souvent un bénéfice même plus important que chez les sujets plus jeunes.

Et pour les personnes intolérantes, il y a des alternatives, (dont la sortie toute récente en France de l’acide bempédoïque).

En prévention primaire jusqu'à 79 ans la prise d’une statine d'intensité modérée est une décision individualisée en fonction :

- du niveau de risque cardio-vasculaire avec les autres facteurs de risque

- des autres pathologies

- de l'espérance de vie

- des priorités du patient qui a encore son mot à dire une fois informé "Qu'est-ce qui compte le plus pour vous ?".

Autre point majeur : Il faut aussi savoir arrêter un traitement (déprescrire).

Oui, mais avec prudence. À discuter en cas d'espérance de vie très limitée ou de changement des objectifs de soins. Pas par un automatisme lié à l'âge.

Et ce doit être une décision partagée avec son médecin, pas son voisin ou sous l’influence d’une quelconque publicité « anti-statine » qui pullulent sur les réseaux pour vendre des produits inutiles et surtout dangereux puisque on ne va pas prendre de vrai traitement.

En conclusion

L'âgisme peut être défini par le fait de "ne pas prescrire un traitement au seul prétexte que la personne serait trop âgée".

Ne pas traiter uniquement parce que le patient est âgé et son risque est forcément élevé ; mais ne pas arrêter le traitement uniquement parce que le patient est âgé.

Si un patient a besoin d'un traitement, en fonction du contexte, Il doit le recevoir, avec les précautions nécessaires, qu'il ait 40 ans ou 80 ans !

Finalement, à côté de la science, il y a l’humain et il serait dommage de se priver à tort de ces traitements que l’on a pu qualifier de “prolongateurs de vie”.

Référence :

Nanna M.G. et Al. Dyslipidemia in Older Adults : Balancing prevention and individual Care. J Am Coll Cardiol. 2026;87(19):2587-2890.


 
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