logofg

ANTICIPER
Nutrition

Un verre d’alcool par jour ne protège pas votre coeur !

Le Dr Jean-François Renucci, médecin vasculaire au CHU de la Timone à Marseille et ambassadeur expert d’Agir pour le Coeur des Femmes, nous alerte sur la consommation d’alcool et le risque cardio-vasculaire associée à partir d’une revue récente de la littérature.

placeholder image

La consommation d’alcool est un sujet longtemps source de controverse.

On est loin du temps où le slogan en France était « 2 verres par jour, c’est bon pour les artères ».

Actuellement Santé Publique France diffuse le message « Un verre par jour et pas tous les jours ».

Les données scientifiques

Que dit réellement la science ?

Toutes les études majeures qui affirmaient un bénéfice cardio-vasculaire de l'alcool se sont effondrées une fois que les chercheurs ont pris en compte l'effet « arrêt de consommation pour raisons de santé ». Les données ne démontrent pas de dose sans risque.

Elles révèlent une relation dose-effet entre l'alcool et diverses pathologies et ce, dès la première consommation.

Dans les études plus anciennes, les abstinents incluaient d'anciens buveurs ayant arrêté pour cause de maladie. Cela donnait l'impression que les buveurs modérés étaient en meilleure santé par comparaison avec les autres personnes. Une fois que les chercheurs ont distingué les abstinents de longue date de ceux qui avaient arrêté pour raisons de santé, le signal protecteur a complètement disparu. L’effet favorable modéré est observé chez les buveurs parce qu’ils sont généralement moins âgés, en meilleure santé et plus actifs.

Des études génétiques l'ont confirmé. Les personnes porteuses de certains variants génétiques qui ralentissent le métabolisme de l'alcool boivent naturellement moins.

Elles présentent également des taux plus faibles de maladies cardiovasculaires. Ce n'est pas une coïncidence, c'est une relation de cause à effet. Des analyses génétiques menées auprès de plus de 500 000 participants n'ont montré aucun effet protecteur sur le système cardiovasculaire, quelle que soit la dose d'alcool.

L'étude Global Burden of Disease a établi que le niveau de consommation d'alcool le plus sûr pour la santé globale est de zéro verre par semaine.

Une analyse de 2024 portant sur 180 000 participants de la UK Biobank a montré que même une consommation modérée d'alcool augmentait le risque de fibrillation atriale (un trouble fréquent du rythme cardiaque) par rapport à une abstinence totale.

Il déclenche cette fibrillation atriale par l'inflammation et une toxicité cardiaque directe. Certains cardiologues appellent à juste titre la phase aiguë de ce syndrome « hollidays heart syndrome » ou « syndrome du cœur des vacances ».

L'alcool augmente directement la tension artérielle par l'activation du système nerveux sympathique et la libération de cortisol.

Une consommation excessive et chronique d'alcool entraîne une cardiopathie alcoolique car l’alcool a un effet direct toxique sur les cellules musculaires du cœur (cardiomyopathie éthylique). Le cœur se dilate, l’éjection du sang diminue et les patients présentent une insuffisance cardiaque.

Il n'existe aucun seuil en deçà duquel ces risques disparaissent.

La courbe de risque concernant la fibrillation atriale commence dès la consommation d'un verre par jour. Celle relative à l'hypertension débute à trois verres par jour. Quant à la courbe pour la cardiomyopathie dilatée (une forme d’insuffisance cardiaque), elle s'élève de manière constante en fonction de la consommation cumulée au cours de la vie.

En plus, outre les problèmes de comportement liés à l’alcoolisme, on doit évoquer l’impact sur le foie, cause de stéatose et de cirrhose.

Pour les cancers, que ce soit le sein, le foie, le colon, la bouche, le risque débute hélas à partir du premier verre.

Est-ce vrai quel que soit le type de boisson alcoolisée ?

On a longtemps dit que le vin rouge, avec ses tanins et son rôle anti-oxydant avait un petit effet protecteur alors que les alcools forts ou la bière ont mauvaise réputation.

Des chercheurs ont regardé de manière originale et un peu provocatrice s’i il y avait des différences entre les buveurs de vin et les buveurs de bière !

Pour cela, ils ont comparé pas moins de 3,5 millions de tickets de caisse de supermarchés au Danemark en regardant ce qui avait été acheté en même temps que la boisson :

Avec le vin, des olives, des huiles de cuisson, du lait allégé, des fromages maigres et des viandes maigres ; tout cela est bien pour une bonne alimentation.

Et les buveurs de bière ?

Sodas, beurre, lait entier, fromages gras, viande ovine, porc, sauces , ketchup, chips…

Ce ne sont vraiment pas les mêmes personnes, et de conclure dans une très sérieuse revue britannique, le British Medical Journal que l’on ne peut pas comparer uniquement sur le type d’alcool, que la différence, s’il y en a une, est dans l’alimentation prise de manière globale et que le fait de consommer un peu de vin est un signe de meilleures habitudes alimentaires.

Et dans la vraie vie ?

Les patients ne sont pas conscients du problème, par désinformation ? ou le minimisent souvent et on constate cette réalité en consultation.

Un patient qui affirme ne boire « qu'un verre de vin » chaque soir et qui ne comprend pas pourquoi sa tension artérielle est de 146/92 mm Hg et son sommeil est perturbé.

Celui qui présente une fibrillation atriale tout en jurant ne boire que très peu.

Ou encore le patient atteint d'une insuffisance cardiaque après dix ans de consommation quotidienne.

En arrêtant totalement l'alcool, un patient peut voir sa tension artérielle chuter de 4 à 6 mm Hg, la fréquence de la fibrillation atriale diminuer considérablement et la qualité de son sommeil s'améliorer en seulement 30 jours. C'est toute la différence entre devoir contrôler indéfiniment une arythmie évitable et ne jamais la développer.

L’effet protecteur n'était qu'un artefact.

Elle ne reposait sur aucune donnée médicale solide. Il s'agissait d'un biais qui a perduré deux décennies durant simplement parce qu'il confortait les gens dans ce qu'ils voulaient entendre.

Les meilleures données disponibles, portant sur des centaines de milliers de patients, montrent que l'alcool augmente le risque cardiovasculaire de manière linéaire et dose-dépendante, sans aucun seuil protecteur. Cessez d'attendre qu'une dose sans danger soit identifiée ; elle n'existe pas. Supprimez l'alcool ou réduisez-le au maximum, tout en surveillant votre tension artérielle, votre rythme cardiaque et la qualité de votre sommeil.

La question n'est plus de savoir si une consommation modérée est bénéfique pour la santé. Il s'agit plutôt de déterminer quel niveau de risque cardiovasculaire vous êtes prêt à accepter pour une substance dépourvue de toute valeur nutritionnelle

Que feriez-vous différemment si votre médecin vous disait explicitement que votre verre de vin du soir est à l'origine de votre hypertension artérielle ?

En conclusion

Le consensus de la « World Heart Federation » pour les maladies cardio-vasculaire et la mortalité » est : « le choix le plus sûr est zéro !».

Pour optimiser la santé cardio-vasculaire et la durée de vie, le choix basé sur les preuves est d’arrêter toute consommation.

C’est naturellement excessif, Il ne s’agit pas d’être moralisateur et de tout interdire.

On retrouve le « consommer avec modération » surtout si l’on n’a pas (encore) de problème de santé.

Un verre de rosé, en cette période estivale, c’est bon…

mais pensez aussi à boire… de l’eau !

Référence :

Mayer C.S. Alcohol consumption and its correlation with medical conditions:a UK biobank study. Frontier in public Health 2024 doi10.3389/fpubh.2024.1294492


 
VOIR AUSSI
placeholder

Dépister l’anévrisme de l’aorte abdominale chez les femmes

Médecine vasculaire

Jean Pierre Laroche, médecin vasculaire à Avignon et engagé dans la prévention depuis de nombreuses années le rappelle dans son blog Medvasc https://medvasc.info. Il a été à l’origine de l’opération Vesale il y a 4 ou 5 ans, qui a permis de dépister 729 AAA sur 36 500 personnes, soit [...]

Lire la suite

placeholder

Peut-on boire du vin rouge quand on a du cholestérol ?

Nutrition

Le vin rouge a toujours été vanté pour ses vertus sur la santé cardiovasculaire. Il pourrait notamment augmenter le taux de bon cholestérol, le cholestérol HDL. Qu’en est-il vraiment ? « Un verre de vin rouge par jour éloigne le médecin pour toujours ! » (Dans le dicton, d’origine [...]

Lire la suite

placeholder

Le cholestérol, un ennemi à prendre au sérieux

Cholestérol

Graisse naturelle indispensable, le cholestérol est un constituant de la paroi de nos cellules. Il entre également dans la composition de nombreuses hormones. Il est au trois-quarts produit par le foie, le reste provenant de l'alimentation. Il se trouve dans les produits d'origine animale [...]

Lire la suite

 Votre don permettra d’améliorer
la prévention au moment clef
de la vie d’une femme